En passant...



Voici un petit aperçu de mes lectures,
passées ou en cours.

Et comme un blog se nourrit aussi
des commentaires de ses lecteurs,
n'hésitez pas à vous exprimer, vous aussi !

mercredi 17 janvier 2018

Lefranc 1 : La Grande Menace, de Jacques Martin



Ah, la série « Lefranc » ! Évidemment, ce n’est pas une découverte. Je me souviens d’avoir lu des pages dans un des hebdomadaires que recevaient mes parents (peut-être « La Vie » ?) quand j’étais petite, tout comme j’avais lu « La Vallée des Cobras » (série Jo, Zette et Jocko, d’Hergé), en attendant semaine après semaine la page suivante. Mon cher mari a eu la bonne idée de m’offrir les trois premiers épisodes de cette série et je vais bien sûr commencer ces chroniques par le premier d’entre eux, « La Grande Menace ».

D’emblée, j’ai été happée par l’histoire, qui se déroule tout près de chez moi, en commençant par Bâle, à la frontière entre la Suisse et l’Alsace. On y suit d’abord une voiture bleue, contrôlée à la frontière, qui va s’avérer avoir à son bord des personnages bien plus dangereux qu’ils ne le laissent paraître au premier abord. D’entrée de jeu, Guy Lefranc, reporter de son état, se retrouve mêlé à l’histoire et aide la police à retrouver la voiture des fuyards. L’histoire se poursuit côté français, en Alsace donc, tout près, vraiment tout près de chez moi, puisque la plus grande partie de l’histoire se déroule du côté du Château du Haut-Koenigsbourg, situé à quelques kilomètres seulement de là où j’habite. Dans la suite de l’histoire, on rencontre Axel Borg, le grand méchant, qui va donner du fil à retordre aux autorités. Il menace en effet de détruire la ville de Paris si le gouvernement ne lui donne pas ce qu’il veut, à savoir une rançon exorbitante dans un délai ridiculement faible. Et bien sûr, pour les autorités, il n’est pas question de céder au chantage...

Outre l’aspect sympathique de voir sa région dans une bande dessinée, j’ai plutôt bien accroché à ce premier volume de la série, même si, comme toujours chez Jacques Martin, pour les besoins du scénario, l’histoire est bourrée d’invraisemblances. Mais si on arrive à passer au-dessus, l’histoire a son charme, le charme un peu désuet de la bande dessinée franco-belge des années soixante, dans la veine des Tintin, Alix et autres Blake et Mortimer. Je dois bien avouer que, de mon côté, ce charme opère à plein et que j’en redemande.
Guy Lefranc est un héros rassurant, le genre « gendre idéal », beau, intelligent, fort et élégant, capable d’aider la police sans faire passer ses membres pour des imbéciles ni les prendre de haut. Je ne suis pas certaine qu’on puisse dire qu’il sait rester à sa place, mais, au moins, il a le mérite de les laisser faire leur travail, ce qui n’est pas toujours le cas dans ce type de bande dessinée, où le héros est un peu un concurrent direct de l’inspecteur en chef qui finit toujours par passer pour l’imbécile du coin. Rien de cela ici, heureusement, et c’est plutôt un tandem improbable qui se met en place avec l’inspecteur Renard que l’on rencontre ici pour la première fois, mais qui va devenir un personnage récurrent, au moins dans les premiers volumes.

Une bonne redécouverte de cette série, donc, avec un petit bémol, mais qui ne me surprend guère et qui est un peu la marque de fabrique de Jacques Martin : des textes longs, très longs (et aujourd’hui bien trop longs). Mais c’est à ce prix que l’histoire peut se développer sur plus de soixante pages (et non pas cent-trente…).


Paru aux éditions Casterman, 1966. ISBN : 978-2-203-31402-3.

dimanche 14 janvier 2018

Bakhita, de Véronique Olmi



Ce livre a fait partie des sélections pour les prix décernés chaque année à la rentrée littéraire, au mois de septembre. D'habitude, je ne fais pas mes achats en fonction des sélections, ni même de la rentrée littéraire, tout simplement parce que j'ai trop peu de temps pour lire et qu'il m'est donc extrêmement difficile de suivre l'actualité littéraire. Pour tout dire, un des livres, conseillé par mon libraire, attend encore que j'aie le temps de l'ouvrir. Depuis un peu plus d'un an.

Bakhita a été enlevée à sept ans pour être vendue à des marchands d'esclaves. Dès le début, elle subit l'horreur et elle va y survivre, ainsi qu'à toutes celles qui vont suivre. Sans rentrer dans les détails, l'auteur donne à voir les souffrances subies par la petite fille puis l'adolescente. Pendant des années en effet, passant d'un maître à l'autre au gré des ventes et des marches forcées, elle va voir l'humanité dans ce qu'elle a de plus dur, de plus horrible, de plus noir.
Un point commun à toute sa vie : les enfants. Enchaînée très rapidement à une petite fille de son âge, elles seront vendues ensemble et feront de concert leurs premiers pas d'esclaves, jusqu'à la première séparation. Il y aura d'autres maîtres, d'autres enfants, d'autres tortures, d'autres souffrances, jusqu'à ce qu'un jour, en plein conflit au Darfour, le consul Italien l'achète lorsqu'elle est adolescente. Sa vie va alors changer progressivement pour la mener vers la lumière. Les enfants resteront des êtres proches d'elle, y compris lorsqu'elle sera devenue religieuse.

Ce roman m'a bouleversée à plus d'un titre. En premier lieu par l'histoire de Bakhita, cette petite fille dont on ne saura jamais le nom véritable, celui que lui ont donné ses parents, parce qu'elle-même l'a oublié dans son exil et sa marche forcée. Cette absence de nom, c'est aussi une volonté de la part des marchands d'esclaves. Pas de nom, pas d'identité, pas d'existence. Le nom marque l'existence même de celui ou de celle qui le porte. D'ailleurs, l'existence de Bakhita aura pris un tournant décisif lors de son baptême, plusieurs années après son arrivée en Italie, avec son nouveau nom.
Le troisième aspect qui m'a marquée, c'est l'omniprésence du langage, de la langue, comme marqueur d'appartenance. Si Bakhita avait su son prénom, le Consul d'Italie aurait pu, grâce à un ami connaisseur de la plupart des dialectes du Darfour, retrouver son ethnie, son village, sa famille. Mais la mémoire de Bakhita avait été effacée par la souffrance et les seuls mots dont elle se souvenait étaient ceux qu'elle avait appris au cours de sa captivité, son mélange, sabir connu d'elle seule où se mêlent des mots arabes, turcs, puis italiens et, plus tard, vénitiens et latins. La question du langage m'interpelle, parce que c'est par le langage qu'on acquiert la pensée, la réflexion. Sans langage, peut-il y avoir une conscience ? Je pensais que non. Mais l'histoire de Bakhita m'a montré que cette question est bien plus complexe que ce que je pensais (comme d'habitude !), puisque, malgré la perte de sa langue maternelle et sans que personne n'ait jamais pris le temps de lui apprendre à parler correctement une autre langue (il y a bien des essais, notamment avec le Vénitien, qu'elle arrivera à parler presque correctement à la fin de sa vie), une langue dans laquelle elle pouvait s'exprimer librement, Bakhita a pu développer un trésor au fond de son coeur et être touchée par la grâce. La question du langage est donc importante, mais pas nécessairement le seul moyen d'entrer en relation avec les autres (évidemment, on peut entrer en relation par le toucher, par les autres sens...), mais là, Bakhita utilise encore d'autres moyens, en en privilégiant un parmi tous les autres à sa disposition : l'amour qu'elle a pour les plus petits, pour les enfants. C'est cet amour immense, inconditionnel, qui la sauve de la barbarie et lui permet de survivre à l'enfer.

Sainte Bakhita fait partie de ces personnes qui ont tout souffert et qui ont fini par trouver dans le Christ leur sauveur. Sa vie est un exemple de foi et de simplicité, d'humilité et de droiture. J'ai été frappée par la formidable capacité de Bakhita à avancer malgré les difficultés et les souffrances, peut-être malgré elles d'ailleurs. Je ne connaissais pas du tout la vie de cette femme, j'en ai été profondément bouleversée. L'auteur a su évoquer et saisir toute la profondeur de l'âme et de la personnalité de Sainte Bakhita et en restituer l'incroyable destin.


Paru aux éditions Albin Michel, 2017. ISBN : 978-2-226-39322-7.

vendredi 14 avril 2017

Tout plaquer et aller prendre un bain (mes petits moments), de Mathou



J'ai reçu cette bande dessinée par l'intermédiaire de PriceMinister, dans le cadre de l'opération "La BD fait son festival", à laquelle j'avais déjà participé par le passé.

Le principe de cette opération, c'est que chaque blogueur participant s'engage à publier avant une date précise une critique de la bande dessinée reçue, et cette critique doit comporter une note pour permettre aux organisateurs de déterminer si la bd a été appréciée ou non.
Cette fois-ci, ce n'est pas réellement une bd que j'ai reçue, mais plutôt un livre avec des images. Et ça tombe bien : je suis en manque chronique de temps, et du coup, ce livre était rapide et facile à lire.

Je vais pour ma part mettre un bon 17/20 à cet ouvrage, pour pas mal de raisons.

La première, c'est le dessin. Le trait est simple et efficace, sans chichis ni fioritures, et pourtant très expressif. C'est vivant, bien fichu, bref, j'ai bien apprécié.

La deuxième raison, c'est le concept. Il me rappelle "l'imagier des petits bonheurs de Léo et Popi" que je racontais à mes enfants quand ils étaient petits. Le principe : une page = un bonheur à partager. Ici, l'ouvrage est découpé en plusieurs parties, avec des plaisirs de tous les jours, des plaisirs de temps en temps et des petits mots qui font du bien. C'est délicieux, souvent régressif, et c'est aussi un catalogue des petites choses du quotidien qui sont si agréables que l'on peut se demander si ce ne sont pas elles, finalement, qui font le bonheur de chaque jour, plutôt que ces grands moments extraordinaires que l'on vit une ou deux fois dans sa vie. Ou comment faire du quotidien parfois répétitif une source intarissable de petites joies qui le rendent unique et heureux malgré les problèmes inévitables qui émaillent la vie.

La dernière raison, c'est l'humour de l'auteur. L'ouvrage s'ouvre sur une préface écrite à la main, illustrée, où elle explique d'où vient le livre. Mathou est illustratrice, bien sûr, et tient un blog, Crayon d'Humeur, que j'ai découvert à l'occasion de cette opération. J'aime bien son côté ensoleillé, bonne humeur, qui met du pep's dans la journée. C'est drôle sans être lourdingue, c'est de bon goût et ancré dans la vie quotidienne, tout ce qu'il faut à une maman comme moi (ben oui, parce que j'ai retrouvé énormément de choses de mon quotidien dans ce livre !). Par exemple : "La sieste du dimanche", ou encore "Recevoir un bisou par surprise (même s'il est un peu baveux) (même s'il est (très) intéressé). Ou encore "manger une barbe à papa (et être tout collant après). Vraiment, oui, c'est frais, joli, de bon goût, et ça fait beaucoup de bien au moral.

Merci à PriceMinister et à Monsieur Pop Corn (l'éditeur), pour ce bon moment !

#1Blog1BD

samedi 29 octobre 2016

À la fin le silence, de Laurence Tardieu

Cette année, j'ai pu participer à l'opération "Matchs de la rentrée littéraire", organisée par Price Minister, tous les ans depuis quelques années. Et suite à ma participation au tirage au sort, j'ai reçu le livre de Laurence Tardieu, "À la fin le silence".



J'ai été surprise par ce livre et, surtout, par les images qu'il a suscitées en moi. C'était assez étrange, parce que je visualisais des choses que j'avais envie de traduire sous forme de dessin. Or je suis... nulle en dessin. Eh oui. Et en plus, je suis aussi nulle en traitement d'images, en design et tout et tout. Du coup, je suis totalement coincée pour exprimer ici ce que j'ai vécu en lisant ce livre. Et c'est bien dommage, parce que j'aurais aimé traduire visuellement mes impressions. Au lieu de cela, il va falloir que je me contente des mots. Et là non plus, il faut croire que je ne suis pas très à l'aise. Comment, en effet, exprimer l'indicible, l'horreur, face au carnage, face aux meurtres sanglants qui sont en toile de fond de ce roman ? Comment, comment dire la fragmentation de la personne ?

Alors voilà. J'ai profité de cet article pour tester quelques fonctionnalités logicielles, afin de trouver une façon, pauvre, certes, mais reflétant un peu mon vécu devant cet ouvrage, pour le rendre visuellement accessible. Parce que ce sont réellement des images qui m'ont habitée en lisant ce livre. Et ces images se sont multipliées, complétées, superposées... au fil des mots, de ma lecture.


Le roman débute par le récit par l'auteur de la journée du 7 janvier. Celle qui a vu l'attentat meurtrier de Charlie Hebdo se dérouler en plein Paris, à quelques rues de l'appartement de l'auteur-narrateur. Et en lisant ces lignes, je ne pouvais m'empêcher de voir, de visualiser cette femme, déjà mère deux fois et enceinte, en plein milieu de la tourmente. Même si elle n'était pas directement concernée, la narratrice a "vécu" les attentats (celui du 7 janvier, mais aussi ceux du 9 janvier et, plus tard, ceux du Bataclan) comme si elle "y était". Sans doute est-ce dû à sa grossesse ? Toujours est-il que, même si elle n'était ni dans les locaux de Charlie Hebdo ni au concert du Bataclan, dans l'Hyper Cacher ou à la terrasse d'un des cafés pris pour cible, elle a vécu les attentats dans sa chair. Et, pour moi, ça s'est traduit par cette image, où je ne parviens pas à restituer ce que j'y ai vu : un corps et une identité morcelés, comme eux-mêmes victimes de la bombe et déchiquetés par l'explosion. Un corps et une identité éclatés...

Et puis, au fil du récit, on apprend aussi que la narratrice, avec sa famille, a décidé de vendre la maison de son enfance. Une maison sur les hauteurs de Nice, avec vue sur mer, où elle a passé et passe encore, au long de ce processus incroyable qu'est un grossesse, de bons et heureux moments. Une maison-refuge, un lieu paisible et reposant, seul endroit capable, pour elle, en ces temps troublés, de la rassurer, de la "réunifier" après l'éclatement des attentats. Vendre cette maison est donc un nouveau déchirement, tout aussi intérieur que le premier.

Dedans, dehors.


Et pourtant, cette personnalité doublement morcelée, porteuse d'une vie nouvelle, parvient peu à peu, mais pas sans peine, à surmonter les chocs successifs, les déchirements, les cassures, les blessures internes et invisibles pour tous.

Paradoxalement, c'est, semble-t-il, la naissance du bébé qui va l'aider à procéder à cette réunification intérieure, en apportant la paix à la "nouvelle" maman. Parce que c'est bien de cela qu'il s'agit : la naissance de cet enfant fait de cette femme une femme entièrement renouvelée, reconstruite malgré les blessures, les déchirures... 

J'ai été touchée. Parce qu'on ne peut pas rester indifférent devant les cris de douleur des victimes. Et parce qu'effectivement, une naissance est un événement à double détente : naissance d'un nouvel être humain, le bébé, mais aussi d'une nouvelle personne, la mère. Et même si elle est déjà mère, cette nouvelle naissance la renouvelle, la transforme... faisant d'elle un être différent tout en étant le même.

Je ne dirais pas que ce roman est mon préféré. Il était difficile, dur, avec souvent des répétitions, des tournures de phrases inhabituelles. Certes, les mots et les phrases sont travaillés, de manière à faire transparaître les émotions de la narratrice. Mais ces "artifices" rendent parfois la lecture compliquée à suivre. Heureusement que ce n'est pas le ressort principal du récit, sans quoi il aurait été impossible à comprendre.

En tout cas, c'est une bonne découverte, et je remercie Price Minister et Chapitre.com !

#MRL16

mardi 26 juillet 2016

Silo, de Hugh Howey



Mes collègues m'ont offert ce roman à la fin du mois de juin. D'habitude, quand on m'offre un livre, j'ai du mal à l'ouvrir si je n'en ai pas entendu parler ou si je ne l'ai pas repéré auparavant. Là, par curiosité, j'ai lu la première page... et je n'ai plus lâché le livre. Avec quatre enfants à la maison à temps plein (vacances obligent !), autant dire que c'est une performance et que j'ai beaucoup aimé. Parce qu'il y a plus de 600 pages quand même !

Alors cette histoire se passe vraisemblablement dans le futur. Vraisemblablement, parce qu'on n'a aucune indication de date dans tout le roman. Seulement des faisceaux d'indices permettant de situer l'intrigue plusieurs centaines d'années après un événement cataclysmique qui a obligé les survivants à vivre sous terre, dans un silo, afin de se protéger de l'atmosphère terrestre, devenue mortelle pour les êtres humains.
Cette communauté vit à la manière d'une fourmilière, chacun ayant sa tâche, son travail, et son « ombre », adolescent(e) chargé(e) d'observer son aîné(e) afin d'apprendre auprès de lui ou d'elle son futur travail. Ainsi, le silo peut continuer à fonctionner indéfiniment. La population est volontairement contrôlée drastiquement, pour éviter toute surpopulation, les candidats à la parentalité devant s'inscrire à la loterie. Le couple gagnant a un an pour avoir un enfant…
Toute une mythologie s'est également développée à l'intérieur du silo, avec en particulier un souci important de ce que devient la personne après sa mort. Et puis, il y a les lois mises en place, très sévères pour qui les enfreint. La plus lourde peine étant le « nettoyage », véritable condamnation à mort pour qui est pris à parler de l'extérieur ou à émettre des doutes quant aux décisions prises par les dirigeants du silo.
Seulement voilà, l'attrait de certains pour ce « dehors » est si fort que cela commence à provoquer des événements troublants, depuis le « suicide » d'une informaticienne jusqu'à celui de son shérif de mari, qui va d'ailleurs déclencher, à la manière d'une réaction en chaîne, une somme d'événements susceptibles de renvoyer le silo aux heures les plus sombres de son histoire, celles de la mythique Insurrection.

On est donc ici dans un vrai et bon roman de science fiction, qui dit énormément de choses sur la nature humaine, depuis la soif de liberté jusqu'à la volonté de comprendre, de vivre, de donner simplement un sens et du sacré à sa vie… Les personnages sont très bien campés, nuancés, attachants, et c'est toute une galerie de portraits que le lecteur rencontre, certains faisant froid dans le dos (le méchant est bien méchant, un vrai de vrai, même si, lui aussi, est décrit de manière humaine et nuancée), d'autres étant tellement sympathiques que l'on voudrait les suivre et les retrouver. Le silo lui-même est d'ailleurs un véritable personnage à part entière, avec ses mystères, ses secrets, ses zones lumineuses et sombres, son histoire mouvementée…

L'auteur sait manier le suspense et a construit ici une intrigue haletante, dans un monde horrible mais extrêmement cohérent. Le silo dévoile certains traits de l'humanité que nous connaissons tous, exacerbés par le huis-clos où ces hommes et ces femmes sont obligés de vivre : recherche et quête du pouvoir à tout prix, corruption, interrogations sur le sens de la vie, sur le pourquoi des lois qui régissent cette société en forme de microcosme, sur la transgression…
J'ai regretté d'être arrivée à la fin. Mais la bonne nouvelle, c'est que deux autres tomes sont parus : un « avant » et un « après » !


Paru aux éditions Actes Sud (Babel), 2014. ISBN : 978-2-330-03737-6

jeudi 21 juillet 2016

Les Pieuses combines de Reginald, de Thomas Hervouët



Voici un roman réjouissant ! Il met en scène cathos et athées, pour mieux cibler les travers des uns et les incohérences des autres…
Étant catholique moi-même, j'avais un peu peur. Mais comme le livre m'a été conseillé par une amie, catho elle aussi, je me suis dit que ça devait être sans danger. Et j'ai bien fait !

Reginald Le Vaillant est notaire. Marié à Blandine, fille du comte d’Époisses, il appartient à la frange catholique traditionnelle version « vieille France » de l’Église. Reginald et Blandine ont trois enfants, dont une fille, Athénaïs, qui est quelque peu au centre du roman (en fait, on n'entend tout bonnement jamais parler de ses deux frères). Athénaïs est étudiante aux Beaux-Arts et quasiment fiancée avec Elton Moulard, avocat et, surtout, représentant inénarrable de la gauche caviar la plus absolument anticléricale. Autant dire que la rencontre de ces deux mondes va faire des étincelles.
Mais voilà, on n'est pas dans le film « Qu'est-ce qu'on a fait au Bon Dieu » !

L'intrigue principale n'est pas là (quoique!). En fait, Reginald doit assurer la succession d'une comtesse, et s'assurer, selon les vœux de la défunte, que l'héritier qu'elle a désigné, Jean-Arthur Chambourcy, fils de sa filleule, est bien catholique pratiquant. Si tel est le cas, la fortune de sa bienfaitrice lui reviendra. Dans le cas contraire, elle ira à l’Église. Pour s'assurer de la foi du jeune héritier, la Comtesse a désigné le Père Magnifis, curé de la paroisse et potentiel héritier si le filleul ne fait pas l'affaire.
Face à l'évident conflit d'intérêt qui s'annonce, Reginald Le Vaillant se présente comme garant de la bonne marche de la succession. Et tout irait très bien… s'il ne s'était trouvé que l'héritier potentiel est peintre et… ami d'Athénaïs.
Reginald se retrouve donc en position de force et de faiblesse. À condition d'influer correctement sur le cours des événements, il pourrait bien régler d'un coup ses problèmes : celui du mariage de sa fille avec un prétendant qui ne lui plaît pas… et celui de la succession de la Comtesse. Seulement voilà : le jeune Chambourcy semble ne pas être prêt à coopérer, d'autant qu'il ne doit rien savoir de la succession sous peine de l'invalider totalement !

On est là dans le burlesque, la parodie, la farce. C'est parfois énorme, trop gros pour être crédible, mais on se laisse finalement prendre au jeu et ça fait du bien. Les personnages sont drôles et attachants, plutôt imprévisibles tout en correspondant parfaitement aux archétypes qu'ils représentent. Tous les petits travers des cathos, mais aussi des autres, sont mis en exergue et ça fait, là aussi, du bien de se voir avec ce regard affûté et pourtant tendre de l'auteur. J'ai particulièrement apprécié la description de l'assemblée de prière : c'est exactement ça !
J'ai aussi beaucoup accroché au style. Les incursions des réflexions personnelles de l'auteur sur la situation qu'il a lui-même créée rendent à mon sens le récit encore plus drôle, sans l'alourdir, parce qu'il met le tout en perspective, donc à distance. En bref, si vous avez aimé « Qu'est-ce qu'on a fait au Bon Dieu ? », que vous soyez catholique ou non, vous devriez passer un bon moment avec ce livre. Parce que ce que j'ai aimé, c'est qu'à aucun moment, les personnages ne sont l'objet de moqueries de la part de l'auteur. Il y a un respect pour les diverses opinions présentées ici qui transparaît dans tout le récit, respect que l'on aimerait retrouver plus souvent dans la « vraie vie » d'ailleurs...


Paru aux éditions Quasar, 2014. ISBN : 978-2-36969-023-8.

mardi 12 avril 2016

Fioretti de Padre Pio, de Pascal Cataneo



Ce livre m'a été prêté par une amie il y a quelques mois (hem...) et j'ai mis un certain temps à l'ouvrir. Peur, sans doute, d'un récit un peu mièvre, un peu trop « merveilleux » pour être vrai…
Eh bien pas du tout. Ces « fioretti » sont de très courts récits de ce qu'a été la vie de Padre Pio et du surnaturel qui a accompagné bien souvent son existence. Il faut dire que la vie de ce moine capucin, mort en 1968, est quelque peu surprenante, tant les charismes dont cet homme, ce saint homme, était doté sont importants.
Padre Pio avait la faculté d'entendre les prières qui lui étaient adressées. Il avait aussi le don de bilocation, c'est-à-dire qu'il pouvait se rendre en divers endroits… sans quitter son couvent de San Giovanni Rotondo, en Italie. Il parlait avec son ange gardien et combattait Satan et ses sbires très régulièrement. Il confessait nombre de pénitents chaque jour et était capable de « voir » leurs péchés et de leur en faire la liste. De fait, il a ramené un grand nombre de personnes dans le droit chemin, pendant des années.
Mais sa vie, si elle était émaillée de grandes grâces, était aussi remplie de beaucoup de souffrances. Ses combats contre le démon étaient réels et, même s'il en était toujours victorieux, grâce au Christ, ils le laissaient meurtri physiquement. Et puis Padre Pio était stigmatisé. Ces blessures le faisaient souffrir chaque jour, spécialement le vendredi, jour où il communiait particulièrement aux souffrances du Christ crucifié.
La vie de cet homme est jalonnée aussi de miracles, de guérisons inexpliquées, obtenues pour ceux qui venaient s'en remettre à lui. Mais Padre Pio n'en tirait aucun orgueil. Il savait que derrière chaque miracle, c'était le Christ qui agissait et qu'il convenait de le remercier. Toute la vie de ce prêtre est une véritable école d'humilité.

On ne s'attendra pas ici à de la littérature, mais à une suite de courts récits et témoignages, souvent attendrissants, parfois « musclés » (le père n'était pas tendre avec certains de ses pénitents!). En tout cas, c'est une bonne entrée en matière pour qui veut connaître la vie de ce saint pour notre temps, particulièrement en cette année où les croyants se placent plus particulièrement sous le regard miséricordieux du Père.


Paru aux éditions Médiaspaul, 1990. ISBN : 2-7122-0362-3.